Un autre anniversaire. Un autre printemps dans mon histoire.

 

Chaque année, le jour de ma fête, je fais une petite mise au point sur ma vie. J’ai commencé à faire ça le jour de mes 40 ans. Oh qu’il avait mal passé ce chiffre là… Je sais que je ne suis pas la seule à avoir eu du mal avec le numéro 40. C’est un chiffre symbolique pour plusieurs dans une vie. On réalise qu’on a déjà un bout de chemin de fait. On fait un bilan. Et puis on sourit ou on pleure. Dans mon cas, cette année-là, mon bilan ne m’a pas fait sourire. Du tout. J’étais sans emploi. Les factures en retard. Je ne savais pas trop où la vie m’amenait, j’avais la chienne et je me sentais impuissante. C’était la déprime totale.

 

On dit que le temps arrange les choses. Ouin... Je dirais plutôt qu’on arrange nous-mêmes nos choses.

 

Au début de ma quarantaine, je sentais que je perdais le contrôle de mon destin. Et pendant un certain temps, je l’ai effectivement perdu.

 

D’autres printemps ont défilé. Et voilà un autre anniversaire.

 

Beaucoup plus heureux celui-là. J’ai repris le contrôle de mon destin.

 

Cette année, pas de bilan. Fuck le passé. Je regarde devant. Et je fonce.

 

C’est l’effet bénéfique d’ouvrir ce que j’appelle le 5e tiroir de la vie. La cinquantaine. Sapristi qu’on se sent bien quand on arrive à ce point de bascule tripant où on ose tout ce qui nous faisait peur avant! Lâcher prise, accepter de ne pas plaire à tout le monde, affirmer ce qu’on est, ce qu’on pense, dire ce qu’on veut, ce qu’on ne veut plus. S’affranchir de la peur maladive de ne pas être comme les autres, de ne pas « fitter » dans le moule. Et même, aimer ça! Quel nirvana! J’adore et je souhaite ça à tous ceux et celles qui arrivent dans le 5e tiroir de la vie, dans mon tiroir douillet!

 

Mais la route peut être dure en ta pour se rendre là… Certains vont y arriver, pendant que d’autres n’arriveront jamais à ce bien-être. Ils vont rester coincés entre 2 tiroirs toute leur vie. Et quand on est coincé en permanence, on devient aussi pétillant et captivant pour notre entourage qu’une bouteille de somnifères…

 

Je suis reconnaissante d’y être arrivée. Parce qu’à une certaine période, ma route avait pris un tournant qui aurait pu me faire passer à côté.

 

Ma route…

 

Une enfance heureuse. Une adolescence sans gros éclats, mais quand même pas toujours facile. Un début de vie de femme catastrophique. J’étais en amour avec un gars qui était incapable de vivre ça, l’amour. J’ai tout fait pour essayer de lui soutirer cet amour que je désirais tellement. J’ai même essayé de l’acheter! Je lui ai offert tellement de cadeaux! Comme ça, sans occasion spéciale, seulement pour lui prouver à quel point je l’aimais… Des cadeaux comme des outils super dispendieux, un système de son pour son auto (hey… un radio-cassette auto reverse… yissshhh… la grosse affaire dans ce temps-là, et j’avais payé ça 450$)… Des bijoux… Et même un camion! Un vieux Jimmy qu’il avait aperçu sur le bord de la route, avec une affiche à vendre. Il le voulait. Je lui ai acheté. 1500$, ce qui était vraiment énorme pour moi dans ce temps-là.

 

Quand je repense à tout ça… Oufff j’ai des regrets. L’amour, ça ne s’achète pas! Je vais toujours regretter d’avoir agi comme je l’ai fait, mais bizarrement je vais aussi toujours regretter que cette histoire-là n’ait jamais pris son envol. Parce qu’on avait tout pour réussir. Le potentiel était là. On aurait pu fonder une famille heureuse. Mais il ne pouvait pas donner ce qu’il ne connaissait pas. L’amour. Ce n’est pas une excuse, mais bon... Aujourd’hui, dans mon 5e tiroir, j’ai lâché prise. Je n’ai plus de colère, je comprends bien ce qui s’est passé. Mais tab… Quel gâchis. Dommage.

 

Au moins, je m’en suis sortie. Ou plutôt, mon fils m’en a sortie. De force. Comme mon papa m’a fait sortir de force du club de danseuses où j’avais commencé à travailler à l’âge de 21-22 ans. Oui oui, j’ai fait ça… Attention, je ne dansais pas, je tenais le bar. Je voulais tellement savoir ce que mon chum allait chercher là, que j’ai balancé ma job de secrétaire bien tranquille dans son bureau de 8h à 16h pour aller faire la barmaid de 16h à 3h du matin dans un club de totons perdu dans le fond d’un village de campagne… C’était en fait un restaurant d’un côté, et de l’autre il y avait le bar avec les danseuses. Je servais la nourriture aux clients de 16h jusqu’à la fermeture du resto vers 22h et ensuite je traversais de l’autre côté, au bar. La grosse affaire…

 

J’ai caché ça à mes parents aussi longtemps que j’ai pu. Jusqu’au soir où ils sont passés chez-moi pour me voir. Évidemment, je n’étais pas là. Et mon chum a craché le morceau.

 

Ouille…

 

Mon papa n’a eu qu’une phrase à dire :

 

" Quand elle va revenir cette nuit, tu lui diras qu’elle ne va plus travailler là, parce que si elle y retourne, je vais aller la sortir moi-même."

 

Oh qu’il l’aurait fait. Et je le savais trop bien. Message reçu papa. Ça a été la fin de ma carrière de barmaid dans un club de totons. Merci papa. Merci mille fois. Je n’ai pas travaillé là-bas très longtemps, mais quand même juste assez pour comprendre que ce n’était pas une bonne route pour moi. Vraiment pas.

 

Retour à mon boulot de secrétaire. J’ai toujours détesté ce métier. Parce que je ne l’ai pas choisi. Pour résumer, j’avais eu la très mauvaise idée de décrocher de l’école à 15 ans. Mais à 18 ans, j’ai eu la très bonne idée de retourner aux études à l’éducation aux adultes. J’ai ainsi pu obtenir mon diplôme d’études secondaires avec spécialisation en secrétariat et bureautique.

 

C’était une belle opportunité de me sortir de la misère, je l’ai prise et tout de suite après mes études, j’ai commencé à travailler avec une agence de personnel temporaire. Des contrats de réceptionniste au début, puis des postes de secrétaire, toujours au gouvernement fédéral. Je gagnais bien ma vie, mais je n’aimais pas mon métier. J’ai tellement détesté ça qu’encore aujourd’hui, je déteste parler au téléphone. On sait que le téléphone fait énormément partie du quotidien d’une secrétaire. Je détestais ça et c’est encore le cas aujourd’hui.

 

Notre qualité de vie à la maison était meilleure, et j’essayais très fort de croire que j’étais heureuse. Mais j’étais toujours en quête d’amour. Je ne voulais pas me l’avouer, mais je savais que j’étais seule. J’étais en couple, oui. Mais crissement seule. J’ai connu des moments de détresse assez élevés merci. J’en parlerai d’ailleurs dans une prochaine chronique.

 

Seul bonheur dans ma jeune vie de femme : j’avais une sacrée belle et parfaite petite fille. J’avais 17 ans quand elle est venue au monde. Oui c’est jeune en ta, mais ce n’était pas exceptionnel d’avoir un enfant si tôt dans ces années-là. Et je dois dire que c’est un avantage : c’est plutôt cool d’être une jeune mom flyée!

 

Avoir un enfant nous transforme, c’est certain, mais notre vie ne vire pas complètement à l’envers. On continue d’aller travailler, de gagner notre croûte pendant que notre enfant est à la garderie, puis à l’école. On continue de vaquer à nos occupations normales. On continue de faire des sorties. On continue de faire semblant que ça va bien même quand ça va de travers. La vie ordinaire.

 

Mais accueillir un enfant différent… Ça, ça vire la vie à l’envers. De travers. Plus rien ne « fitte » et les choses anodines du quotidien deviennent une épreuve où on doit essayer de faire entrer des gros cubes dans des petits ronds. Essayer de passer un piano dans un hublot. Tsé, une tite vie tranquille? Une chose est sûre : dehors la vie ordinaire, bienvenue sur le champ de bataille de la vie différente!

 

Ma route a viré sec, là, le jour de l’arrivée de mon fils dans ce monde. C’était traumatisant. Si on m’avait donné le choix, si on m’avait demandé si je voulais accueillir un enfant avec handicap et problèmes de santé majeurs, j’aurais dit non. Non, non et non.

 

Mais c’était la meilleure chose qui pouvait m’arriver.

 

La vie différente m’a transformée. Pour le mieux.

 

L’ancienne barmaid de club de totons est devenue celle qui reçoit 2 ministres chez-elle pour des rencontres de travail. J’ai hâte de vous partager mes chroniques qui racontent ça.

 

Celle qui essayait d’acheter l’amour de son homme a découvert sa vraie valeur.

 

Et celle qui pliait l’échine trop souvent s’est relevée, s’est révolté et a décidé de ne plus subir mais d’agir.

 

C’était le début de mon vrai moi.

 

J’ai hâte de vous partager la suite dans ma prochaine chronique!

 

© Marie-France Beaudry 2023

 

 

Chronique du 5e tiroir