Samedi 22 juillet 2023.
J'ai la chance d'écrire cette chronique dans le calme. Enfin. Poussin et moi sommes sortis de l'enfer. Enfin. Il était temps.
Chronique d'un voisinage toxique:
Retour en 2013:
J’avais déniché un très bel appartement au rez-de-chaussée d’un triplex nouvellement construit. À part la salle de bain qui aurait eu besoin d’être adaptée pour répondre aux besoins particuliers de mon poussin, tout était parfait. Concept ouvert, plafonds de 9 pieds, large corridor menant aux chambres, stationnement juste devant la porte, c’était génial pour nous. Le voisinage était aussi vraiment bien. Nous étions heureux, bien contents d’avoir quitté un gros complexe d’appartements vieillot où les alarmes d’incendie et les pannes d’ascenseur faisaient partie du quotidien.
Donc, de 2013 à 2017, une vie bien tranquille et heureuse.
C’est en juillet 2017 que tout a changé. Pour le pire.
Changement de locataires dans le logement juste au-dessus du nôtre. Je ne donnerai pas de détails sur quel genre de personnes étaient nos nouveaux voisins, par souci de ne faire de tort à personne. Je ne fais pas de chronique pour me venger de qui que ce soit. Je dirai seulement qu’ils étaient plusieurs et qu’ils étaient… comment dire… BRUYANTS. Dès l’instant où ils sont entrés dans leur logement, un long calvaire débutait pour Poussin et moi.
Pendant les 4 années précédentes, il y a eu 3 changements de locataires dans ce logement et jamais nous n’avons eu de problème de bruit. Les derniers locataires avaient 3 enfants et la maman s’informait régulièrement du niveau de bruit. Elle s’assurait que tout était bien pour nous en bas. Cette fois, la situation était très différente. Nos nouveaux voisins se comportaient comme s’ils étaient les seuls habitants du triplex.
Au début, je me suis dit « bon, ok, ils viennent d’arriver et ils s’installent, je vais laisser passer du temps et tout va rentrer dans l’ordre. » Ce n’est pas ce qui s’est passé.
Je sais très bien que quand on vit en appartement, on doit s’attendre à entendre du bruit venant des voisins. Je connais la différence entre un niveau de bruit normal et un niveau de bruit excessif. C’est malheureusement ce qu’on endurait. Du bruit excessif. Qui n’a jamais cessé. Jour, soir, nuit.
Je suis une fille super sociable qui aime bien s’entendre avec tout le monde. J’aime me faire des nouveaux amis. Bref, je ne suis pas une fille compliquée ni chialeuse. Loin de là. Je suis aussi hyper compréhensive et je peux m’accommoder de beaucoup de choses, même si ce n’est pas toujours facile. Mais là… Impossible de composer avec le cirque que mon poussin et moi avions au-dessus de la tête.
Du bruit excessif en continu. Résultat pour Poussin et moi : stress intense, grand manque de sommeil, mauvaise qualité de sommeil quand nous arrivions à dormir un peu. Nous avions les nerfs en boule tout le temps.
L’enfer.
Rien de moins. Sérieusement, je ne souhaite ça à personne.
Oui, j’ai fait des plaintes. Verbales et écrites. Le propriétaire n’a jamais corrigé la situation. Il n’a fait que quelques petites interventions qui n’ont jamais rien donné. Une chose était claire : nos nouveaux voisins ne voulaient clairement rien changer à leur mode de vie. Ils se foutaient totalement du tort qu’ils nous faisaient, à Poussin et moi. Je suis même allée jusqu’à expliquer l’état de santé de Poussin, espérant ainsi leur faire comprendre le sérieux de la situation. Rien à faire. Le cirque continuait chaque jour.
Je ne comprendrai jamais comment on peut agir comme ça. Savoir que nos voisins n’ont plus de qualité de vie à cause de nous. Savoir qu’on peut même nuire à la santé d’une personne vulnérable. Et malgré tout, ne rien faire pour corriger la situation.
Quand le respect est passé, ces gens-là étaient clairement absents.
Ouin… Le respect… Je vais sûrement faire un billet là-dessus. Le sujet m’inspire…
Le quotidien était infernal. Plus le temps passait et plus je m’inquiétais pour mon poussin. Avec son état de santé complexe et précaire, il n’avait vraiment pas besoin de subir ça. J’étais moi-même de plus en plus épuisée. Physiquement et mentalement. Ça ne pouvait pas continuer comme ça.
Puisqu’essayer de dialoguer et essayer de régler le problème avec ces gens-là équivalait à se battre contre le vent, j’avais 2 choix :
Choix #1 : continuer à faire des plaintes qui ne donnaient jamais de résultat et pousser les choses jusqu’à l’étape d’une poursuite contre le propriétaire au Tribunal administratif du logement. Un processus long et pénible qui m'aurait demandé beaucoup de temps et d'énergie. Du temps, je n'en ai jamais assez. De l'énergie, je commençais à en manquer sérieusement.
Choix #2 : déménager.
Il faut choisir ses batailles dans la vie. J’ai choisi de partir.
J’ai alors promis à mon poussin que j’allais nous sortir de là, nous trouver une belle maison calme, le plus rapidement possible. Et quand je fais une promesse à mon poussin, je la tiens.
Mes recherches pour nous trouver un nouveau toit étaient très difficiles et se sont étendues sur une très longue période. Sur des années, en fait.
J’avais 3 défis :
Défi #1 : trouver un endroit accessible pour mon poussin en fauteuil roulant. Pas évident!
Défi #2 : trouver une maison. Plus jamais d’appartement. Plus jamais de voisins sur la tête, ni trop près de nous. Plus jamais l’enfer! Rien, mais absolument rien n’allait me faire changer d’idée là-dessus.
Défi #3 : trouver une maison à un prix raisonnable. Dans le marché immobilier surchauffé que nous connaissons depuis quelques années ici au Québec comme ailleurs, c’est malheureusement mission impossible! Je savais que le budget allait être très affecté. Mais la santé, ça n’a pas de prix.
J’ai donc mis du temps à trouver. J’en ai vécu des frustrations. Des remises en question. Je me suis souvent trouvée nulle à chier. Je me disais que j’étais nulle de ne pas arriver à nous déménager rapidement. Oui, j’ai le syndrome de la Superwoman. Je suis très exigeante envers moi-même et je n’étais pas satisfaite de mes performances en recherche de maison…
Mais Oh bonheur, en avril dernier, j’ai trouvé! Enfin !!!
Une maison parfaite. Dans un quartier parfait. Un quartier pensé et construit pour les personnes retraitées et les personnes à mobilité réduite. Des maisons plain-pied, spacieuses, magnifiques. La beauté et la tranquillité. Après avoir signé le bail, je flottais sur un gros nuage couleur rose bonbon et rempli de chocolat. Un doux Smarties flottant. Je capotais ma vie.
J’ai donc réussi les défis numéros 1 et 2. Mais pour le numéro 3… Le marché immobilier étant ce qu’il est, le prix est quand même élevé. Mais je répète : la santé, ça n’a pas de prix.
À cause du prix, ça a été une ÉNORME décision pour moi. Un ÉNORME virage de vie. Financièrement parlant, pas avantageux du tout et contraire à tous les plans que j’avais en tête pour notre futur.
Mais je n’avais pas le choix.
Je suis passée d’un loyer amical à un loyer radical.
Mais ça en valait tellement la peine!
Je me répète encore : il faut choisir ses batailles dans la vie.
J’ai fait mon choix. Et j’ai foncé. Malgré la peur. Peur du changement après 10 ans de stabilité. Peur de mes nouvelles responsabilités financières. Non, la peur n’allait pas m’arrêter. Je me répète encore : la santé, ça n’a pas de prix. Donc, j’ai foncé. Et oh que j’ai bien fait.
Si j’ai eu des doutes sur ma démarche, ces doutes-là ont été soufflés par deux choses :
1. La réaction de mon poussin quand je l’ai amené pour la première fois visiter sa nouvelle demeure. Je savais qu’il serait content, mais jamais je n’aurais pu imaginer à quel point il le serait. Il était tellement heureux quand il est entré! Je ne me rappelle vraiment pas l’avoir vu si heureux! Il m’a dit merci tellement de fois que je ne peux les compter! Je regrette de ne pas avoir eu l’idée de filmer ce moment-là! C’était tellement touchant!
2. L’état de santé de Poussin. Avant le déménagement, je le voyais dépérir de plus en plus. Son teint était grisâtre. Ses yeux ne brillaient plus. Il était cerné, ce que je n’ai jamais vu chez-lui, même avec toutes les épreuves de santé qu’il a traversées. Chaque jour, il devait prendre une dose d’Ibuprofène. Et souvent plus d’une dose dans la journée. Il avait toujours mal à la tête. Trop fatigué et stressé, pauvre poussin. Après le déménagement, dès la première semaine, il a pris du repos, il a pris du mieux. Son teint est redevenu normal. Ses yeux ont retrouvé leur étincelle. Il est heureux et il me le dit chaque jour. Il me dit tellement souvent « merci » pour cette maison, pour cette nouvelle vie. Je suis trop heureuse de le voir comme ça. Et j’ai pu ranger la bouteille d’Ibuprofène. Il n’en a plus besoin. Vraiment, un changement de vie radicalement positif!
Oui un changement radical et énorme pour nous. Notre voisinage d’avant était très, très animé, trop même, et nous voilà maintenant dans un quartier tellement tranquille que la plus grosse action qu’on a dans notre rue, c’est quand le camion vidange passe.
Tellement tranquille que quand on quitte la maison Poussin et moi, et aussi quand on revient, on attend d’avoir quitté notre petit quartier avant de mettre le volume de notre musique au maxxxxx comme on le fait toujours. Tsé du Ozzy Osbourne ou du Metallica le volume au fond dans ce petit quartier là, ça ne serait pas très apprécié hihi. Et oui, mon fils a les mêmes goûts musicaux que moi.
Oui, un changement énorme pour nous. C’est comme vivre dans un cirque pendant des années puis tout quitter pour s’installer dans une résidence de personnes âgées.
Un gros changement. Bénéfique en ta pour Poussin et moi.
Comme des enfants qui attendent impatiemment le jour de Noël, nous avons compté les dodos avant le grand jour du déménagement. Pour les gros événements de la vie, on fait toujours ça, on compte les dodos à partir du calendrier. Au début, nous avions encore 2 calendriers devant nous avant de partir. Puis, lentement, nous sommes arrivés au dernier mois.
Le dernier calendrier.
Enfin.
Moi qui me trouvais nulle à chier il n'y a pas si longtemps encore parce que je n'arrivais pas à trouver une maison rapidement... Comme tout a changé!
C’est la preuve, chers amis, que même s’ils sont ÉNORMES et qu’on ne voit pas la lumière au bout du tunnel, eh bien les problèmes auxquels ont fait face dans la vie sont TEMPORAIRES. Même quand une situation difficile s’étire, que la solution se fait attendre, il ne faut jamais se décourager, il ne faut jamais abandonner.
Oui, quand ça va mal, t’as le droit de te rouler en tite boule dans un coin du salon, avec un conteneur de crème glacée choco et brailler ta vie, mais après la crise, tu te relèves et tu fonces. Et même si ça prend du temps, tu finiras toujours par gagner.
Je le sais. Parce que je l’ai vécu. Pendant mes recherches de maison, j'en ai traversé des périodes difficiles. Fatigue, découragment, etc. Mais j'ai une tête de cochon. Ça peut être payant dans la vie, avoir une tête de cochon. Et je vous dirai que si vous traversez une période difficile, je vous souhaite d'avoir et de garder votre tête de cochon. Vous allez en ressortir gagnant.
Rien n’est facile mais tout est possible dans la vie.
Donc…
Je terminerai avec une citation que j’aime beaucoup :
Lève-toi chaque matin avec détermination. Couche-toi le soir avec satisfaction.
© Marie-France Beaudry 2023