La fois où mon patron a failli me mettre K.O. avec une porte
L’été tire déjà à sa fin, la rentrée est à nos portes, les vacances sont presque terminées.
La fin des vacances et le retour au travail pour les personnes proches aidantes peut être une grande source de stress. Tout dépend de l’employeur et de son ouverture d’esprit.
Le marché du travail et la proche aidance n’ont jamais fait bon ménage.
Croyez-moi. Je le sais par expérience.
Bon, au moment où j’écris ces lignes, été 2023, on peut dire que des progrès ont été faits, qu’il y a eu prise de conscience chez certains employeurs.
Il était temps.
Au moment où j’ai dû me résoudre à quitter le marché du travail, en 2008 (ça fait déjà si longtemps ???), l’ouverture d’esprit des employeurs face à la conciliation travail-proche aidance était aussi large qu’une fente de grille-pain. Excusez ma franchise, mais ça faisait dur en ta.
Aujourd’hui, on peut dire que la situation a beaucoup évolué, mais… il y a encore beaucoup de travail à faire (sans mauvais jeu de mots ici…)
La pandémie que nous avons traversée collectivement aura été très éprouvante. Mais elle aura au moins apporté un point positif : elle a forcé une prise de conscience collective face à l’importance de la conciliation travail-vie personnelle et elle aura révélé à tous que le télétravail, bin oui c’est possible et ça fonctionne très bien, dans plein de domaines!
Ooohhh comme je me rappelle avec douleur les réactions que j’obtenais au bureau, au début des années 2000, quand j’abordais LE sujet tabou : la possibilité de faire du travail à la maison. On me regardait comme si j’annonçais qu’E.T. l’extraterrestre logeait chez-moi! Les gens étaient absolument incapables de seulement imaginer le concept!
Maman différente depuis déjà plusieurs années, j’ai essayé tellement fort de concilier mon rôle de maman proche aidante avec ma vie professionnelle, sans jamais y arriver. Je me butais à des portes fermées partout. Et, à une occasion, à une porte fermée très violemment à un cheveu de mon nez. J’y reviens dans quelques lignes.
J’ai donc plusieurs expériences frustrantes à mon tableau personnel. J’ai souvent essayé d’expliquer ma situation et tenté de trouver des arrangements satisfaisants pour les deux parties. Sans succès.
Se sont donc enchaînées les situations hyper stressantes : pression de l’employeur pour que je ne m’absente pas, fin de non-recevoir à mes demandes d’horaire flexible et « babounage » des patrons et des collègues quand je devais m’absenter pour une urgence ou un rendez-vous…
Résultat : cassée par la pression, j’ai très souvent remis ma démission.
Après la naissance de mon fils, toutes mes tentatives de retour au travail ont été de véritables montagnes russes d’émotions et se sont soldées par un échec. On pourrait résumer ma vie professionnelle ainsi : on me désirait pour mes compétences, mais on me repoussait à cause de mes responsabilités familiales.
Je vous parlais précédemment de mon patron qui a failli me mettre K.O. avec une porte. Non, il ne s’agit pas d’un mauvais scénario de la lutte WWE, mais bien d’une expérience vécue. Je peux affirmer que dans la catégorie tranche de vie professionnelle, ça a été mon expérience la plus frappante (sans jeu de mots encore une fois) d’entre toutes. Je vous raconte :
Été 2001. J’étais l’adjointe administrative du directeur d’une institution financière que je ne nommerai pas ici. À cette époque, mon fils était souvent malade et je devais souvent aller le chercher à l’école car ça n’allait pas du tout. Je n’oublierai jamais ce matin-là, il était environ 11 heures, quand j’ai annoncé à mon patron que l’école venait de téléphoner pour me demander d’aller chercher mon fils qui était mal en point. Les yeux pleins de rage, mon patron a alors claqué violemment la porte de son bureau… à un cheveu de mon nez. Si j’avais été un millimètre plus près, il m’aurait cassé le nez, c’est certain.
Pourtant, s’il avait démontré de l’ouverture, au final, il en serait sorti gagnant (et moi aussi bien sûr). Il en serait sorti gagnant parce que je suis une excellente adjointe. Partout où je suis passée, je n’ai reçu que des éloges sur la qualité de mon travail. Mes absences n’étaient pas la fin du monde, le bureau fonctionnait très bien quand même et je rattrapais tout mon travail à mon retour. Mais à cette époque, le terme conciliation travail-vie personnelle n’existait TELLEMENT PAS… J’ai donc quitté.
En 2019, j’ai sondé mes contacts sur les réseaux sociaux avec la question suivante :
« Vous prenez soin d'un proche et votre employeur vous a aidé à concilier votre vie professionnelle et votre travail d'aidant(e)? Ou bien votre employeur n'a démontré aucune ouverture et vous avez toutes les misères du monde à rester sur le marché du travail, ou vous avez dû abandonner votre emploi? »
Résultats :
50% des témoignages reçus sont négatifs. Harcèlement, démission forcée, aidants qui préfèrent jongler 3 emplois à temps partiel, à moins d’heures de travail et à moindre salaire, pour pouvoir s’occuper de leur proche et gérer les différents rendez-vous, entrepreneurs qui ont failli tout perdre, etc.
25% des témoignages sont positifs. Oui, il y a des employeurs avec de bonnes valeurs et beaucoup d’ouverture!
Je classe l’autre 25% des témoignages dans la catégorie «négatif-positif.» Ce sont ces aidants qui ont adouci leur quotidien de différentes façons : soit en devenant travailleur autonome, ce qui leur permet de travailler de la maison tout en veillant à leurs responsabilités familiales, soit en changeant de métier et d’employeur, pour avoir plus de flexibilité dans leur horaire de travail. Ils travaillent souvent à un salaire moindre et travaillent aussi moins d’heures par semaine et subissent donc une perte de revenus, mais ils n’ont plus à gérer le stress de la « baboune » de l’employeur à leur retour au travail après une absence due aux besoins de leur proche.
En résumé, ma petite enquête sans prétentions m’a permis de constater que le Québec a encore beaucoup de croutes à manger avant de prétendre au titre de champion de la conciliation travail-aidance. Mon sondage n’est pas tout récent, mais je vois que la situation n’a pas beaucoup évolué depuis. Malheureusement.
Pendant que certains employeurs font preuve d’ouverture, d’autres démontrent de l’empathie, mais sans jamais prendre de mesures concrètes pour soutenir leurs employés proches aidants. Il existe pourtant des solutions : horaires de travail adaptés, semaine de travail comprimée, congés familiaux, télétravail, etc. Il n’est évidemment pas toujours possible de faire ces aménagements, mais quand c’est faisable, tout devrait être mis en œuvre pour y arriver.
Et à ce sujet, bonne nouvelle!
Connaissez-vous Concilivi ? C’est un organisme à but non lucratif, initiative du Réseau pour un Québec Famille, qui a pour mission de contaminer positivement les employeurs pour l’implantation de mesures de conciliation famille-travail adaptées à la nouvelle réalité du travail et aux besoins des employé(e)s. Concilivi comprend un sceau de reconnaissance, le Sceau Concilivi, ainsi qu’un centre d’expertise spécialisé en conciliation famille-travail. Concilivi aspire à être le leader québécois dans le domaine de la conciliation famille-travail.
Je ne peux pas exprimer à quel point j’ai été enchantée de découvrir l’existence de cet organisme! Une bouffée d’air frais nécessaire dans la société d’aujourd’hui!
Un sondage mené en novembre 2022 par Concilivi et réalisé par la firme Léger auprès de 1 003 employeurs, du 15 au 23 novembre 2022, donc récemment, nous apprend qu’un employeur sur cinq (21%) offre aujourd’hui des mesures formelles de conciliation famille-travail, une proportion en progression nette depuis deux ans : elle était de 18% en 2021 et de 15% en 2020.
On peut évidemment se réjouir de l’évolution importante des mentalités en matière de conciliation famille-travail, qui s’impose maintenant comme une norme sociale.
Mais…
Ce n’est pas suffisant.
Les employés ont des attentes que l’employeur doit satisfaire, surtout dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre. La conciliation famille-travail arrive en tête de liste des critères les plus importants dans le choix d’un emploi.
Le sondage de Concilivi rapporte que 68% des employeurs sondés affirment avoir dû adapter ou bonifier leurs mesures de conciliation famille-travail. Parmi ces mesures, ont compte : une plus grande flexibilité dans les horaires de travail (39%), une plus grande flexibilité dans le nombre d’heures de travail (31%) et la possibilité de faire du télétravail (29%). Globalement, près de la moitié des employeurs sondés permettent aujourd’hui aux employé(e)s de faire du télétravail, que ce soit à temps plein (15%) ou en mode hybride (29%).
Les employeurs sondés jugent dans une importante majorité (76%) que les mesures de conciliation famille-travail ont des impacts positifs sur les employés(e)s. Les employeurs ont donc tout intérêt à mettre en place des mesures de conciliation famille-travail qui feront en sorte que leur entreprise sera attirante et sera en mesure de fidéliser son personnel. La mise en place des mesures peut prendre un certain temps, mais ce virage est hyper positif pour les entreprises.
Et à ce sujet, Concilivi offrira aux entreprises, durant l’automne 2023 et l’hiver 2024, de participer à la cohorte d’expérimentation de la démarche de conciliation famille-travail inclusive des responsabilités de proche aidance! Employeurs, pour le bien de vos employés(es) et de votre entreprise, inscrivez-vous! Je vous laisse le lien vers le site web de Concilivi :
https://www.concilivi.com/fr/conciliation-proche-aidance-travail
Le monde du travail est appelé plus que jamais à se révolutionner. Le phénomène de la proche aidance et de la conciliation famille-travail n’est pas appelé à disparaître, au contraire, il va prendre de l’ampleur. Trop de personnes compétentes sont écartées du marché du travail à cause de leurs responsabilités familiales. Il est temps pour les employeurs de se mettre à jour, ils ont tout à y gagner.
Au travail!
©Tous droits réservés Marie-France Beaudry